Par la présente lettre : sens, usage et portée de cette formule formelle
Sur un bureau ancien, marqué par le temps, une enveloppe repose dans un calme presque solennel. La lumière d’hiver traverse la pièce avec une netteté froide, éclaire le grain du bois, révèle la moindre aspérité, souligne la présence silencieuse du papier. Rien, en apparence, ne paraît spectaculaire. Pourtant, au cœur de cette scène immobile, quelque chose d’essentiel se joue. Une lettre vient d’être posée là. Elle porte en ouverture une formule connue, sobre, codifiée, presque austère : par la présente lettre.
À première vue, cette expression semble appartenir au monde de la distance, de l’administration, des usages figés. Elle évoque les bureaux, les dossiers classés, les décisions datées, les signatures apposées avec application. Elle rappelle un langage de procédure, un langage de preuve, un langage où chaque terme compte. Pourtant, derrière cette apparente sécheresse, une autre réalité apparaît dès que l’on prend le temps d’écouter ce qu’un écrit contient au-delà de sa surface. Car une lettre ainsi commencée transporte souvent bien davantage qu’une simple information. Elle porte une hésitation devenue résolution, une douleur transformée en phrase, une volonté qui cherche à prendre forme dans l’ordre des mots.
C’est là tout le mystère de cette formule. Elle paraît impersonnelle, alors qu’elle ouvre souvent sur un moment profondément humain. Elle donne une structure ferme à ce qui, intérieurement, a parfois longtemps vacillé. Elle sert d’appui à une parole qui, sans elle, aurait pu demeurer inachevée, fragile ou confuse. En quelques mots, elle fait entrer une intention dans le champ du visible, du lisible, du durable. Elle convertit une émotion, une décision ou une revendication en acte écrit.
Une formule qui installe immédiatement la gravité
Par la présente lettre, celui qui écrit annonce d’emblée que son propos engage quelque chose d’important. L’expression agit comme un seuil. Elle prépare le destinataire à recevoir un contenu qui dépasse le simple échange ordinaire. Elle ne se contente pas d’introduire un texte. Elle crée un cadre. Elle pose une distance utile, une retenue, une forme de tenue qui convient aux sujets sérieux.
Cette gravité tient au fait que l’écrit, contrairement à la parole spontanée, demeure. Une conversation peut s’effacer, se déformer, se dissoudre dans le souvenir. Une lettre, elle, reste. Elle peut être relue, conservée, produite, transmise, citée. Dès lors, l’ouverture par la présente lettre prend une portée particulière. Elle signifie, en creux, que l’auteur souhaite inscrire ses mots dans une durée. Il ne parle pas seulement pour l’instant. Il écrit pour laisser trace.
Cette idée de trace change tout. Lorsqu’une personne formule une demande de résiliation, une réclamation, une déclaration, une mise au point, une décision difficile ou une annonce importante, elle ne cherche pas uniquement à informer. Elle cherche aussi à établir une réalité. Elle veut que son intention existe officiellement, qu’elle soit reçue, identifiée, datée. Dans cette perspective, la formule introductive agit presque comme un sceau verbal. Elle fait basculer l’échange du registre de l’impression vers celui de l’engagement.
Une histoire ancienne au service de la précision
Le français administratif et juridique a façonné au fil du temps tout un ensemble de tournures destinées à garantir la clarté, la continuité et la valeur des écrits. Par la présente lettre s’inscrit pleinement dans cette tradition. La formule appartient à une culture de l’écrit où chaque document doit établir qui parle, à quel titre, dans quel but et avec quelle portée.
À travers les siècles, les correspondances officielles ont toujours recherché cette solidité formelle. La raison en est simple : quand l’écrit engage des droits, des devoirs, des délais ou des décisions, l’approximation devient risquée. Le langage doit alors produire de la stabilité. Il doit réduire les ambiguïtés, ordonner les intentions, donner au texte une force de référence. La solennité ne relève donc pas d’un simple goût du cérémonial. Elle répond à une nécessité pratique. Elle protège l’auteur comme le destinataire.
Pour autant, cette tradition n’a jamais vidé l’écrit de sa part humaine. Bien au contraire. Plus la forme se montre stable, plus elle permet de contenir des réalités intimes sans les laisser déborder. La rigueur donne une structure à ce qui pourrait autrement se présenter dans un désordre douloureux. Une séparation, une démission, une demande d’explication, une contestation, une déclaration de renoncement, une annonce grave : autant de situations où la forme tient lieu de soutien. Le cadre protège la parole au moment même où celle-ci devient difficile à porter.
L’écrit comme lieu de passage entre l’intérieur et le monde
Ce qui rend cette formule si singulière, c’est la rencontre qu’elle organise entre l’intériorité d’une personne et l’ordre extérieur des institutions. Quelqu’un pense, doute, hésite, souffre parfois, puis finit par écrire. À partir de cet instant, ce qui relevait encore du secret intérieur commence à entrer dans un espace partagé. L’écrit devient alors un passage.
Il y a souvent, avant la lettre, tout un travail invisible. On reformule mentalement, on revient sur les faits, on pèse les conséquences, on cherche un ton juste. On voudrait dire les choses avec netteté sans se trahir. On voudrait être compris sans s’exposer davantage qu’il ne faut. On voudrait garder sa dignité tout en faisant entendre ce qui compte. C’est exactement à ce point de tension que la formule par la présente lettre prend sa pleine valeur. Elle permet de commencer. Elle offre un appui. Elle donne à l’auteur une manière d’entrer dans son sujet sans avoir à se livrer d’emblée.
Ainsi, l’on croit parfois lire une simple tournure administrative, alors qu’elle accompagne souvent un mouvement intérieur considérable. Celui qui écrit ne choisit pas seulement des mots. Il choisit de franchir un seuil. Il accepte de rendre visible ce qu’il portait jusqu’alors en lui. En ce sens, la lettre forme un pont entre la vie sensible et la vie sociale.
Le paradoxe fécond de la distance et de la sincérité
Toute la beauté discrète de cette expression tient dans un paradoxe. Elle semble distante, alors qu’elle sert souvent à porter une parole sincère. Elle paraît froide, alors qu’elle introduit parfois l’un des moments les plus décisifs d’une existence. Elle relève des usages, pourtant elle accompagne des vérités très personnelles.
Cette tension entre forme et émotion ne constitue pas une contradiction. Elle crée au contraire l’équilibre même de la lettre. Trop d’émotion rendrait le propos confus. Trop de rigidité le rendrait inhumain. Entre les deux, la formule installe un niveau de retenue qui permet à la sincérité de circuler avec dignité. Elle discipline sans étouffer. Elle ordonne sans dessécher. Elle donne une tenue au texte sans lui retirer sa profondeur.
On pense à la personne qui écrit pour mettre fin à une collaboration devenue insoutenable, à celle qui réclame justice après un préjudice, à celle qui annonce un départ, une rupture, un changement de cap, ou encore à celle qui cherche simplement à faire valoir une parole trop longtemps retenue. Dans chacun de ces cas, la lettre devient davantage qu’un support d’information. Elle devient un espace où l’être tente de reprendre place dans le réel par la précision de l’écrit.
Quand écrire revient à agir
Une lettre qui s’ouvre par cette formule n’est presque jamais neutre. Elle accomplit quelque chose. Elle déclenche, confirme, notifie, réclame, atteste, informe avec portée. Autrement dit, elle agit. Voilà pourquoi l’expression possède une telle densité. Elle annonce que les mots qui suivent ne relèvent pas d’un simple commentaire. Ils participent à une démarche.
Écrire, dans ce contexte, revient à transformer une volonté en acte reconnaissable. L’auteur prend position. Il cesse de demeurer dans le flottement de l’intention. Il fixe son propos. Il accepte la responsabilité de ce qu’il affirme. Dès lors, la lettre cesse d’être un objet passif. Elle entre dans le cours des choses. Elle peut produire des effets, appeler une réponse, faire évoluer une situation, ouvrir un dossier, provoquer une décision.
Cette dimension active explique aussi la puissance émotionnelle de certaines lettres. Rédiger un texte important demande souvent du courage. Tant que les mots restent à l’état de pensée, une part de recul demeure possible. Une fois couchés sur le papier, ils prennent une autre consistance. Ils deviennent irréversibles. La formule inaugurale marque précisément ce passage. Elle cristallise le moment où l’hésitation devient écriture et où l’écriture devient engagement.
Le papier comme témoin silencieux
Il existe dans la lettre quelque chose que le message instantané peine à égaler : sa matérialité. Le papier se tient là, dans son épaisseur, son pli, sa trace d’encre, sa signature, sa date. Il a traversé des mains, parfois des kilomètres, parfois des semaines d’attente. Il porte un geste. Il garde quelque chose du corps de celui qui écrit. Même lorsqu’elle respecte les codes les plus stricts, la lettre conserve cette proximité singulière.
Dans une époque dominée par la vitesse, cette lenteur confère à l’écrit une intensité particulière. On n’écrit pas une lettre importante comme on envoie un message ordinaire. On s’arrête. On relit. On mesure. On choisit. Cette temporalité donne au texte une densité que l’immédiateté numérique disperse souvent. Par la présente lettre appartient à ce monde où le temps de l’écriture fait partie du sens même du message.
Voilà pourquoi tant de lettres anciennes nous touchent encore. Elles témoignent bien sûr de contrats, de décisions, de procédures, de conflits ou d’accords. Pourtant, elles révèlent aussi des vies. Elles laissent entrevoir des inquiétudes, des espoirs, des fidélités, des déceptions, des formes de courage. Derrière chaque formule codifiée, une présence humaine continue de se laisser sentir.
Une école de précision et de respect
Employer une formule telle que par la présente lettre, c’est aussi rappeler que l’écriture demande une forme d’attention morale. Les mots n’ont pas tous le même poids. Leur ordre importe. Leur tonalité aussi. Dans certaines circonstances, la justesse d’une phrase peut apaiser, protéger, clarifier. À l’inverse, une formulation imprécise ou maladroite peut durcir une situation ou créer de nouvelles incompréhensions.
La communication écrite exige donc plus qu’une transmission d’information. Elle réclame une conscience du destinataire, du contexte, de l’effet produit. C’est pourquoi la tradition épistolaire conserve une vraie leçon de civilité. Elle invite à parler avec mesure, à exposer sans brutalité, à demander avec netteté, à affirmer avec responsabilité. Loin d’être un rituel vide, elle rappelle qu’écrire à quelqu’un, surtout dans un cadre important, consiste aussi à reconnaître la place de l’autre.
À ce titre, la formule solennelle garde aujourd’hui toute sa pertinence. Elle propose un ralentissement salutaire. Elle oblige à considérer l’écrit comme un lieu de sérieux. Elle rappelle qu’une phrase engage une relation, parfois un droit, souvent une mémoire. Dans un monde saturé de messages rapides, cette exigence de tenue apparaît presque précieuse.
Ce que les générations futures liront encore
Les lettres survivent souvent à ceux qui les ont écrites. Elles demeurent dans des archives familiales, des dossiers professionnels, des cartons oubliés, des fonds administratifs, des bibliothèques, parfois dans une simple boîte rangée au fond d’une armoire. Des années plus tard, d’autres yeux les découvrent. Ils y cherchent un fait, une date, une preuve. Puis, très vite, ils y trouvent aussi autre chose : une voix.
Par la présente lettre devient alors plus qu’une formule d’ouverture. Elle devient la porte d’accès à un moment ancien redevenu perceptible. Derrière elle, une époque se révèle, avec sa manière de parler, d’ordonner le monde, de donner du poids à la parole écrite. Mais au-delà des usages d’un temps, ce sont surtout des êtres qui réapparaissent. Un parent, un salarié, un administré, un époux, un créancier, un ami peut-être. Chacun laisse, à travers son écriture, un fragment de sa manière d’être au monde.
C’est en cela que cette formule continue de fasciner. Elle tient ensemble deux dimensions que tout semble opposer : la rigueur et la sensibilité, l’institution et l’intime, la règle et la voix personnelle. Elle prouve qu’un langage très formel peut porter des existences profondément singulières.
Une formule ancienne, une vérité toujours actuelle
Ce qui émeut dans l’expression par la présente lettre ne tient pas uniquement à sa gravité formelle. Sa singularité réside aussi dans son aptitude à faire entrer une part d’humanité profonde dans un cadre d’une parfaite tenue. Elle rappelle, avec une sobriété remarquable, qu’un écrit officiel ne se réduit jamais à une mécanique administrative. Derrière chaque document se profile une attente, une résolution, parfois une blessure silencieuse, parfois encore une décision longuement mûrie. S’y devine surtout une présence humaine qui choisit l’écrit afin de conférer à sa parole plus de fermeté, plus d’autorité, plus de noblesse.
Dès lors, cette formule, que l’on pourrait croire immobile tant son usage paraît codifié, conserve une étonnante vitalité. Elle accompagne les étapes décisives, les instants où une existence éprouve le besoin de laisser une trace nette, datée, assumée. Sa force particulière vient de ce qu’elle inscrit l’expérience humaine dans la durée du texte. Par son entremise, une lettre ordinaire accède à une autre dimension. Elle devient la marque d’un moment où une vie a cherché, dans la discipline des mots, la forme la plus juste de son expression.
Là réside sans doute sa puissance la plus subtile. En quelques termes seulement, elle ouvre un espace où la rigueur de l’écrit rencontre la vérité d’un vécu. Le papier se change en mémoire, la formule en seuil, la lettre en acte. Sous la retenue du langage formel, la vie intérieure continue alors de se faire entendre avec une intensité discrète, profonde et durable.
Usage de l’expression par la présente dans un contexte diplomatique
Formel, sobre et juridiquement net, cet emploi signale qu’un écrit ne se limite pas à informer. Il notifie, atteste, transmet ou confirme avec une portée institutionnelle. Dans l’univers diplomatique, cette nuance mérite d’être maniée avec précision.
Une formule d’autorité mesurée
L’expression par la présente introduit un énoncé qui engage l’écrit dans une logique officielle. Elle annonce qu’un document a une fonction précise : notifier une décision, transmettre une position, confirmer une désignation, accuser réception d’un acte, formaliser une demande ou consigner une information avec effet institutionnel.
Dans le registre diplomatique, cette formule se distingue du style plus cérémoniel de certaines correspondances protocolaires. Elle s’inscrit dans une langue de responsabilité, de clarté et de continuité administrative. Son intérêt réside dans sa capacité à exprimer l’autorité sans emphase excessive.
Elle donne au texte un ton ferme, sans rudesse, et une allure officielle, sans surcharge. C’est précisément cette retenue qui la rend utile lorsqu’un message doit rester élégant tout en demeurant parfaitement explicite.
Dans quels cas diplomatiques l’utiliser
Notification officielle
Pour informer formellement d’une nomination, d’un changement de représentation, d’une transmission de documents ou d’une communication institutionnelle à portée claire.
Confirmation écrite
Lorsque l’autorité émettrice souhaite fixer par écrit une position déjà évoquée oralement ou dans un échange antérieur.
Transmission administrative
Pour accompagner l’envoi d’une liste, d’une note, d’une pièce justificative, d’une désignation ou d’une demande relevant d’un cadre protocolaire.
Portée déclarative
Lorsqu’un courrier vise à produire un effet officiel en affirmant nettement l’objet du message dès les premières lignes.
Quand éviter cette expression
Dans les usages diplomatiques les plus protocolaires, en particulier dans la note verbale, le ton attendu repose souvent sur des formules de courtoisie institutionnelle plus classiques. On privilégiera alors des ouvertures du type :
Le Ministère présente ses compliments à l’Ambassade de…
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance…
Ainsi, par la présente n’est pas une formule à bannir, mais une formule à employer là où la netteté administrative prime sur la courtoisie cérémonielle.
Exemples diplomatiques élégants
Par la présente, l’Ambassade a l’honneur de transmettre au Ministère la liste actualisée des agents appelés à exercer leurs fonctions à compter du 1er septembre.
Par la présente, la Mission permanente souhaite confirmer la réception de la communication en date du 12 mars et faire connaître sa position sur les points soulevés.
Par la présente, il est porté à la connaissance du Protocole que la désignation de Monsieur X en qualité de conseiller prend effet à compter de ce jour.
Par la présente, l’Ambassade prie le Ministère de bien vouloir accuser réception des documents annexés relatifs à la demande susmentionnée.
Ton
Formel, sobre, direct, institutionnel.
Effet
Donner à l’écrit une portée claire et assumée.
Usage idéal
Notifications, confirmations, transmissions, actes déclaratifs.
Formule de synthèse
Dans un contexte diplomatique, par la présente est pleinement recevable lorsque l’objectif consiste à formaliser, notifier ou attester. Pour une note verbale très protocolaire, une formule de compliments institutionnels demeure souvent plus conforme à l’usage. La qualité diplomatique réside donc moins dans la formule elle-même que dans l’ajustement exact entre le rang du document, son objet et le degré de solennité attendu.
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