Programme électoral du PAM 2026 : les 20 engagements, leur financement et les points à suivre
Pouvoir d’achat, jeunesse, santé, école, logement, emploi, eau, énergie, numérique et croissance : le programme du Parti Authenticité et Modernité s’organise autour de cinq pactes et vingt engagements. Ce dossier détaille les propositions annoncées, leurs principaux objectifs chiffrés, le schéma de financement présenté par le parti et les indicateurs qui permettront d’en apprécier ultérieurement la mise en œuvre.
Des indicateurs nationaux aux réalités vécues par les ménages et les territoires
Un programme électoral national rencontre nécessairement plusieurs Maroc à la fois. L’emploi industriel de Tanger ou Kénitra, le logement dans les grandes métropoles, l’accès aux soins dans une province éloignée, l’irrigation dans une région agricole ou la mobilité d’un jeune diplômé vers un bassin d’emploi relèvent de problématiques différentes.
Cette diversité oblige à dépasser la simple lecture des montants. Une politique peut disposer d’un budget national important tout en produisant des résultats inégaux selon la localisation, les capacités administratives, les ressources humaines et la rapidité d’exécution.
Pouvoir d’achat
L’alimentation, le logement, l’énergie, le transport et les dépenses de santé déterminent ensemble le revenu réellement disponible.
Insertion des jeunes
La question porte à la fois sur les emplois disponibles, les compétences, l’expérience demandée, la mobilité et le premier logement.
Accès aux services
Un équipement public ne produit sa pleine utilité qu’avec du personnel, un accès matériel, des délais raisonnables et un fonctionnement continu.
Territoires
Régions métropolitaines, zones rurales, bassins industriels et territoires agricoles rencontrent des besoins et contraintes distincts.
Quelques repères pour lire les engagements sur l’emploi
La nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre du Haut-Commissariat au Plan mesure une participation très différente selon l’âge et le sexe. Ces indicateurs donnent un contexte aux politiques d’insertion, tout en devant être lus avec la prudence méthodologique signalée par le HCP.
Précaution statistique. Le HCP indique que l’EMO 2026 constitue une nouvelle génération d’enquête et que ses résultats ne peuvent pas être directement comparés aux anciennes séries de l’Enquête nationale sur l’emploi.
Cinq pactes, avec quatre enveloppes sociales et stratégiques chiffrées
Pouvoir d’achat
Prix alimentaires, facture d’électricité, fiscalité salariale, retraites et aide sociale directe.
150 MMDH annoncésInsertion des jeunes
Orientation, formation, premier emploi, travail décent, logement et mobilité.
50 MMDH annoncésCitoyenneté
Santé, emploi, école, logement, services numériques et amazigh.
100 MMDH annoncésSécurité stratégique
Énergie, eau, alimentation, recherche scientifique et technologie.
50 MMDH annoncésCroissance et durabilité
Ce pacte constitue le cadre macroéconomique présenté par le parti comme la condition permettant de financer durablement les engagements sociaux et stratégiques.
Cadre macroéconomique + programmes structurelsLes vingt engagements expliqués
Chaque volet ci-dessous distingue la proposition électorale, sa logique d’intervention et les éléments qui pourront être suivis après le scrutin.
01 — Agir sur le prix des produits essentiels
Le programme attribue une partie des écarts de prix à l’organisation des circuits de distribution et propose une intervention plus structurée entre production, stockage, marchés de gros et commercialisation.
02 — Facture d’électricité inférieure à 100 DH
Le PAM propose la gratuité des factures mensuelles inférieures à 100 DH, avec un mécanisme de contribution supplémentaire sur les consommations plus élevées.
03 — Réforme de l’impôt sur les revenus salariaux
Le programme propose de réduire le barème salarial à trois tranches : 0 %, 10 % et 20 %, avec un seuil d’exonération annoncé jusqu’à 15 000 DH de salaire brut mensuel.
04 — Pension minimale annoncée à 3 000 DH
Le parti propose qu’à partir de la deuxième année de la législature aucune pension relevant des régimes concernés ne soit inférieure à 3 000 DH par mois.
Le programme comporte également une proposition concernant les pensions versées aux veuves.
05 — Aide sociale directe : minimum progressivement porté à 1 000 DH
Le PAM propose une augmentation progressive du minimum mensuel de l’aide sociale directe et une évolution du mode de ciblage des bénéficiaires.
06 — Un parcours unique pour les jeunes hors emploi, formation ou études
Le programme prévoit une plateforme nationale et un parcours d’accompagnement destiné aux jeunes de 18 à 29 ans éloignés du système éducatif, de la formation et de l’emploi.
L’accompagnement pourrait orienter vers la reprise d’études, la formation professionnelle, un emploi ou la création d’activité selon la situation individuelle.
07 — Aucun décrochage scolaire sans solution proposée
Le programme annonce un mécanisme de détection et d’orientation des jeunes quittant précocement l’école, notamment entre 15 et 18 ans.
La logique proposée consiste à relier chaque décrochage identifié à une possibilité de retour à l’école, d’apprentissage ou de formation professionnelle.
08 — Qualification, premier contrat et entrepreneuriat des jeunes
Plusieurs dispositifs sont regroupés sous cet engagement : formation professionnelle, requalification, soutien au premier emploi, entrepreneuriat et mobilité professionnelle internationale.
09 — Qualité et conditions de travail
Le programme ne limite pas son objectif au nombre de postes. Il propose également de prendre en compte la déclaration du contrat, la couverture sociale, les conditions de sécurité et la stabilité de l’emploi.
Un renforcement du contrôle du droit du travail et un système de reconnaissance des employeurs respectant certains critères sont également envisagés.
10 — Logement et mobilité pour accéder à l’emploi
Le PAM propose un mécanisme public de garantie locative pour les jeunes devant changer de ville pour travailler, ainsi qu’une aide à certaines dépenses de mobilité.
Le programme évoque aussi 100 000 solutions de logement destinées aux jeunes entre 2027 et 2031.
11 — Renforcement de l’hôpital public
Le programme annonce la modernisation de l’offre hospitalière, avec notamment de nouveaux centres hospitaliers universitaires, la mise à niveau de centres de santé et d’hôpitaux régionaux ou provinciaux.
12 — Au moins un million d’emplois nets
Le parti fixe un objectif d’au moins 200 000 créations nettes d’emploi par an sur cinq années et associe cette trajectoire à une baisse annoncée du chômage à l’horizon 2031.
Le programme évoque aussi des mesures spécifiques pour l’emploi féminin, les PME, les activités exportables et les services numériques.
13 — École publique, préscolaire et formation
Le programme associe préscolaire, transport scolaire rural, alimentation, santé scolaire, lecture quotidienne, activité physique et orientation professionnelle.
Le PAM propose également une organisation de l’enseignement supérieur davantage différenciée entre filières d’excellence scientifique et parcours techniques ou professionnels.
14 — 500 000 ménages accompagnés vers un logement
Plusieurs instruments sont réunis : poursuite du soutien direct au logement, habitat dans les centres ruraux, rénovation des médinas, réforme du marché locatif et solutions dédiées aux jeunes.
15 — Réduction de la fracture numérique
Le programme fixe plusieurs objectifs de connectivité et d’accompagnement dans l’usage des services publics numériques.
16 — Mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh
Le programme propose notamment un fonds spécifique doté de 2 milliards de DH pour accompagner l’usage de l’amazigh et sa transition numérique.
Il évoque également le renforcement du suivi institutionnel de l’application du cadre organique existant.
17 — Sécurité énergétique
Le programme propose de renforcer les capacités nationales de stockage des carburants et fixe un objectif correspondant à trois mois de consommation.
Il reprend parallèlement un objectif de montée des énergies renouvelables dans le système électrique.
18 — Sécurité hydrique
Le programme combine augmentation de l’offre, dessalement, transferts entre bassins, irrigation économe et protection des ressources souterraines.
19 — Sécurité alimentaire
Le PAM propose d’orienter davantage certains investissements agricoles vers les besoins du marché intérieur, tout en renforçant la recherche et la préservation des ressources agricoles nationales.
Le programme évoque aussi l’organisation des stocks stratégiques alimentaires.
20 — Intelligence artificielle et capacités scientifiques
Le dernier engagement porte sur le développement d’une capacité nationale dans l’intelligence artificielle, à travers la formation, les universités et la création d’infrastructures ou projets de recherche.
Le programme mentionne notamment la formation de 5 000 encadrants.
Comment le programme prévoit de mobiliser 350 MMDH
Le programme chiffre ses dépenses additionnelles à environ 350 milliards de DH sur cinq ans, soit autour de 70 milliards de DH par année. Le financement présenté repose principalement sur une amélioration des ressources liée à la croissance.
Il s’agit de la principale ressource annoncée dans le schéma financier du parti.
Contribution annoncée à partir des ressources territoriales concernées.
Économies et réorganisation de certaines dépenses publiques.
Point central de lecture : puisque l’essentiel des ressources supplémentaires annoncées dépend de la croissance économique, les résultats budgétaires devront être comparés aux hypothèses macroéconomiques initiales.
Les principaux objectifs macroéconomiques présentés
Ces valeurs constituent des objectifs du programme. Croissance, inflation, recettes fiscales, coût du financement, conjoncture extérieure et réalisation des investissements peuvent influencer leur trajectoire effective.
Comment le programme ventile le million d’emplois nets
Le parti associe son objectif d’au moins un million d’emplois nets à plusieurs moteurs sectoriels. Ces valeurs correspondent à la ventilation annoncée dans le programme.
Nuance importante. Le suivi devra distinguer emplois temporaires et permanents, créations brutes et créations nettes, ainsi que la durée, le niveau de rémunération et le caractère déclaré des emplois.
Les mêmes engagements produiront des enjeux différents selon les territoires
Un indicateur national peut progresser tout en masquant des différences locales. L’exécution territoriale constitue donc l’une des dimensions essentielles pour suivre un programme aussi large.
Logement, transports, services publics et coût de la vie.
Emploi local, université, investissement et attractivité.
Eau, agriculture, santé, transport scolaire et distances.
Compétences, logement, mobilité et infrastructures.
Huit questions pour passer du programme à une évaluation factuelle
Une proposition électorale doit être distinguée d’une loi, d’un décret ou d’une décision administrative.
Le coût annoncé peut différer des crédits finalement inscrits.
L’exécution budgétaire permet de mesurer la réalisation financière réelle.
La répartition territoriale complète la moyenne nationale.
Un montant global prend son sens lorsqu’il est rapproché du nombre de bénéficiaires.
Un bâtiment ou un programme lancé ne suffit pas à mesurer son utilité.
Une partie importante du financement annoncé dépend de la croissance.
Emploi stable, accès aux soins, revenu réel ou disponibilité de l’eau constituent des effets plus significatifs que la seule annonce initiale.
De l’engagement politique au résultat observable
La proposition figurant dans le programme électoral.
Le texte légal, réglementaire ou budgétaire qui la concrétise.
Les crédits engagés, équipements réalisés ou dispositifs effectivement ouverts.
L’effet finalement mesuré pour les citoyens, les entreprises ou les territoires.
Les engagements sont désormais chiffrés ; leur exécution pourra être mesurée
Le programme du PAM présente plusieurs objectifs suffisamment précis pour permettre un suivi ultérieur : emplois, pensions, aide sociale, logements, centres de santé, infrastructures hydriques, connectivité numérique ou encore ressources budgétaires.
L’évaluation dépendra cependant de plusieurs niveaux : adoption juridique, financement, exécution territoriale et résultat final. Cette distinction permet de présenter le programme dans son détail sans transformer sa présentation en approbation ou en critique globale.